En France, plus de 60 % des salariés ne savent pas utiliser correctement un extincteur au moment où ils en auraient besoin, selon les données de l’Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS). Pourtant, agir dans les premières secondes d’un départ de feu peut éviter un sinistre majeur. Encore faut-il connaître les bons gestes, dans le bon ordre, sans paniquer.
Utiliser un extincteur, ça ne s’improvise pas. La technique s’apprend, se pratique, et s’oublie vite sans entraînement. Ce guide vous donne les étapes clés à maîtriser, les erreurs à ne pas commettre, et les réponses aux questions que se posent les responsables RH et les dirigeants sur leurs obligations en matière de prévention incendie.

Ce qu’il faut retenir
- Un extincteur ne s’utilise qu’en cas de départ de feu maîtrisable : évaluez la situation avant d’intervenir.
- La méthode PASS (Dégoupiller, Viser, Appuyer, Balayer) structure les 4 gestes essentiels à mémoriser.
- Chaque type d’extincteur a ses spécificités d’usage : CO2, eau, poudre et pression auxiliaire ne s’utilisent pas de la même façon.
- En entreprise, former ses équipiers de première intervention est une obligation légale, pas un simple conseil.
- La pratique terrain est irremplaçable : un geste simulé en formation est retenu 4 à 5 fois mieux qu’un geste théorique.
Avant d’agir : ce qu’il faut évaluer en quelques secondes
Face à un départ de feu, le réflexe naturel est d’attraper l’extincteur et d’intervenir immédiatement. C’est souvent une erreur. Quelques secondes d’observation peuvent faire toute la différence entre une intervention efficace et une mise en danger inutile.
Avant de décrocher l’appareil, trois questions doivent guider votre décision.
Le feu est-il encore maîtrisable ?
Un extincteur standard est conçu pour les débuts d’incendie, pas pour un feu qui a déjà pris de l’ampleur. Si les flammes dépassent un mètre, si la fumée est dense ou si le feu se propage rapidement, la priorité est l’évacuation et l’appel des secours, pas l’intervention.
Avez-vous une issue de secours dans votre dos ?
Vous ne devez jamais vous placer entre le feu et la sortie. En cas d’aggravation soudaine, votre chemin de repli doit être libre et identifié avant même de commencer à agir.
L’extincteur est-il adapté ?
Tous les agents extincteurs ne conviennent pas à tous les types de feu. Utiliser de l’eau sur un feu électrique, par exemple, peut provoquer une électrocution. Pour choisir le bon appareil selon la nature du sinistre, consultez notre article sur les types d’extincteurs adaptés à chaque départ de feu.
Si ces trois conditions sont réunies, vous pouvez intervenir. Sinon : déclenchez l’alarme, faites évacuer, appelez le 18 ou le 112.
Comment utiliser un extincteur : les 4 étapes à suivre
La méthode reconnue pour utiliser un extincteur s’articule autour de quatre gestes simples, souvent résumés par l’acronyme PASS : Puller, Aimer, Squeezer, Sweeper (ou en français : Dégoupiller, Viser, Appuyer, Balayer). Voici comment les appliquer concrètement.
1. Dégoupiller l’extincteur
Retirez la goupille de sécurité en tirant sur l’anneau métallique situé sur la poignée. Ce verrou empêche toute activation accidentelle. Sans cette étape, l’appareil ne peut pas fonctionner.
2. Viser la base des flammes
Dirigez le flexible ou la lance vers la base du feu, pas vers le haut des flammes. C’est là que se trouve le combustible : c’est lui qu’il faut atteindre pour couper l’alimentation du feu. Tenez-vous à une distance de sécurité de 1 à 3 mètres selon le type d’agent et les indications du fabricant.
3. Appuyer sur la poignée de déclenchement
Pressez fermement la poignée pour libérer l’agent extincteur. Le jet est puissant : tenez l’appareil à deux mains si possible pour garder le contrôle de la direction.
4. Balayer la base du feu
Effectuez des mouvements réguliers de gauche à droite en couvrant toute la surface du foyer. Ne restez pas fixe sur un seul point. Continuez jusqu’à extinction complète ou jusqu’à épuisement de l’agent, sans jamais tourner le dos au feu.
Un extincteur portable standard offre un jet de 8 à 60 secondes selon sa contenance et son type. C’est court. Chaque seconde compte, d’où l’importance d’avoir automatisé ces gestes avant d’en avoir besoin.

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Voir nos formations incendieComment utiliser un extincteur CO2, à eau ou à poudre : y a-t-il des différences ?
La technique de base reste la même quel que soit l’appareil. Mais chaque agent extincteur a ses particularités d’usage qu’il est utile de connaître.
L’extincteur à CO2 : attention au froid et à la distance
L’extincteur CO2 projette du dioxyde de carbone sous forme gazeuse à très basse température (jusqu’à -78°C). La lance en pavillon caractéristique de ces appareils doit être tenue par la poignée isolante, jamais directement sur le cornet, pour éviter les brûlures par le froid.
Autre point de vigilance : le CO2 se disperse rapidement. En extérieur ou dans un espace ventilé, son efficacité est fortement réduite. Il est particulièrement adapté aux feux électriques et aux équipements informatiques, sans laisser de résidus.
L’extincteur à eau pulvérisée : le plus courant, le plus polyvalent
Utilisé sur les feux de classe A (matières solides : bois, papier, tissu), il projette de l’eau en fines gouttelettes qui refroidissent le combustible. Tenez-vous à environ 2 à 3 mètres. Certains modèles intègrent des additifs qui améliorent le pouvoir couvrant. Attention : il est formellement contre-indiqué sur les feux électriques.
L’extincteur à poudre : efficace mais salissant
Très répandu dans les véhicules et les ateliers industriels, l’extincteur à poudre polyvalente agit vite sur les feux de classe A, B et C. La projection crée un nuage opaque qui peut désorienter l’utilisateur et endommager les équipements électroniques. Après utilisation, la poudre se dépose partout et nécessite un nettoyage complet des locaux.
L’extincteur à pression auxiliaire : un mode d’activation différent
Contrairement aux extincteurs à pression permanente (les plus courants), les modèles à pression auxiliaire nécessitent une étape supplémentaire : activer une cartouche de gaz propulseur avant d’appuyer sur la gâchette. Ce geste s’effectue en enfonçant ou en perçant la cartouche selon le modèle, puis la procédure PASS s’applique normalement.
Tableau comparatif des différentes méthodes
| Type d’extincteur | Particularité d’usage | Avantage | Limite |
| CO2 | Tenir la poignée isolante, jamais le cornet | Aucun résidu, adapté aux feux électriques | Inefficace en espace ventilé ou en extérieur |
| Eau pulvérisée | Distance de 2 à 3 mètres, jet en gouttelettes | Polyvalent, refroidit efficacement le combustible | Interdit sur feux électriques |
| Poudre polyvalente | Nuage opaque à la projection | Agit sur les feux A, B et C | Salissant, endommage les équipements électroniques |
| Pression auxiliaire | Activer la cartouche de gaz avant de déclencher | Bonne conservation dans le temps | Étape d’armement souvent oubliée sous stress |
Qui peut utiliser un extincteur en entreprise ?
C’est une question que beaucoup de dirigeants et de responsables RH se posent, souvent après un incident. La réponse est claire : tout salarié peut intervenir avec un extincteur, mais cela ne signifie pas que tout le monde est en mesure de le faire efficacement.
Le cadre réglementaire à connaître
Le Code du travail impose à l’employeur de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé des salariés (article L.4121-1). Cela inclut l’organisation de la lutte contre l’incendie, la désignation de salariés chargés de mettre en œuvre les moyens de secours, et leur formation.
L’arrêté du 4 novembre 1993 relatif à la signalisation de sécurité précise par ailleurs les obligations d’affichage et de signalisation des moyens d’extinction. Le décret n°92-332 encadre quant à lui les dispositions minimales de sécurité en matière d’incendie dans les établissements recevant du public et les lieux de travail.
Concrètement : désigner des équipiers de première intervention (EPI) et les former est une obligation dans la quasi-totalité des établissements. Ces salariés doivent être capables d’intervenir immédiatement, avec les bons gestes, avant l’arrivée des secours.
Formation : une obligation, pas une option
Savoir qu’un extincteur existe dans un local ne suffit pas. L’INRS rappelle que la formation pratique est indispensable pour que le geste devienne un réflexe. Sans entraînement, le stress d’une situation réelle fait oublier les étapes, même les plus simples.
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Voir la formation manipulation des extincteursLes erreurs les plus fréquentes qui réduisent l’efficacité
Même avec un extincteur en main, de mauvais réflexes peuvent compromettre une intervention pourtant possible. Voici les erreurs les plus courantes, observées sur le terrain.
Viser les flammes plutôt que la base du feu
C’est l’erreur numéro un. Les flammes sont la conséquence, pas la cause. Projeter l’agent sur le haut du feu ne fait que déplacer les flammes sans éteindre le combustible.
Se placer trop près ou trop loin
Trop près, le jet manque de précision et l’utilisateur s’expose à la chaleur. Trop loin, l’agent se disperse avant d’atteindre le foyer. La bonne distance varie selon le type d’extincteur : lisez les indications portées sur l’étiquette de l’appareil.
Oublier de retirer la goupille
Sous l’effet du stress, ce geste élémentaire est souvent omis. L’extincteur ne se déclenche pas, quelques secondes précieuses sont perdues.
Utiliser un extincteur à pression auxiliaire sans activer la cartouche
Ce type d’appareil nécessite une étape d’armement avant usage. Sans elle, rien ne sort. C’est une source de confusion fréquente lors des premières utilisations.
Ne pas surveiller le risque de reprise
Un feu qui semble éteint peut reprendre. Restez vigilant, ne vous éloignez pas immédiatement et signalez systématiquement l’incident, même mineur.
Négliger la vérification régulière des appareils
Un extincteur non entretenu peut être vide, déchargé partiellement ou hors pression. La vérification annuelle par un technicien agréé est obligatoire. Un appareil en mauvais état est un faux sentiment de sécurité.
Pourquoi la pratique terrain change tout
Lire une notice ou suivre un guide en ligne, c’est utile. Mais face à un départ de feu réel, avec la chaleur, la fumée et le stress, les automatismes prennent le dessus. Et les automatismes, ça ne s’acquiert qu’en pratiquant.
C’est précisément ce que démontrent les études sur la mémorisation gestuelle : un geste appris en situation simulée est retenu 4 à 5 fois mieux qu’un geste simplement lu ou observé. La mise en situation réelle reste le seul moyen de transformer une connaissance théorique en réflexe opérationnel.
Pour les entreprises, cela signifie une chose concrète : organiser des sessions de formation pratique pour les équipes désignées comme équipiers de première intervention. Ces sessions permettent de manipuler de vrais extincteurs, de s’entraîner sur des feux contrôlés, et de gagner la confiance nécessaire pour agir sans hésitation.
Chez Delvoz, nous proposons une formation manipulation d’extincteur en intra-entreprise, directement sur votre site, avec des formateurs terrain. La session alterne apports théoriques et exercices pratiques sur feux réels, pour ancrer les bons réflexes durablement.
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Savoir utiliser un extincteur, c’est savoir agir au bon moment, avec le bon geste, sans hésitation. C’est une compétence concrète, rapide à acquérir en formation, et dont l’impact peut être décisif. Pour les dirigeants et les responsables RH, l’enjeu est double : protéger les équipes et respecter les obligations légales. Organiser une session pratique, c’est transformer une contrainte réglementaire en véritable réflexe de prévention.
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