Chaque année en France, on recense plus de 300 000 incendies, dont une part significative survient en entreprise. Selon l’INRS, près d’un incendie sur trois entraîne une interruption durable de l’activité, avec des conséquences humaines et économiques lourdes. Pourtant, dans de nombreux cas, un départ de feu peut être maîtrisé en quelques instants… à condition d’intervenir avec le bon équipement.
Car face à un incendie, tous les extincteurs ne se valent pas. Eau, mousse, poudre, dioxyde de carbone (CO2)… chaque solution répond à une situation bien précise, en fonction du combustible impliqué et du contexte d’intervention.
Comprendre ces différences, savoir identifier les classes de feu et choisir le bon extincteur sont des compétences essentielles pour protéger vos équipes et sécuriser vos installations.
Parce qu’en matière de sécurité, savoir agir commence toujours par savoir choisir.

Ce qu’il faut retenir
- Tous les extincteurs ne sont pas adaptés à tous les types de feux
- Il existe 5 classes de feu (A, B, C, D, F) à connaître
- Le choix dépend du type de combustible (solide, liquide, gaz, etc.)
- Une mauvaise utilisation peut aggraver l’incendie
- Former vos équipes permet de gagner des secondes précieuses
Quels sont les 4 différents types d’extincteurs ?
L’extincteur est conçu pour intervenir dès les premières secondes d’un départ de feu, lorsque l’incendie est encore maîtrisable et localisé. Dans ce contexte, chaque seconde compte, et la pertinence du choix de l’équipement conditionne directement l’efficacité de l’intervention.
Utiliser le bon extincteur permet de contenir le feu rapidement, alors qu’un mauvais choix peut, au contraire, accélérer sa propagation ou créer un risque supplémentaire pour l’intervenant.
L’extincteur à eau : le réflexe pour les feux solides
L’extincteur à eau agit principalement par refroidissement, en abaissant rapidement la température du combustible pour stopper la combustion. Il est particulièrement adapté aux feux de classe A, comme le bois, le papier ou les textiles, que l’on retrouve fréquemment dans les environnements de bureau.
Cependant, son utilisation est strictement déconseillée sur des installations électriques ou des liquides inflammables, où il pourrait aggraver la situation.
Il est reconnaissable à la forme de sa poignée et à la couleur bleue de son étiquette.
L’extincteur à mousse : efficace sur les liquides inflammables
L’extincteur à mousse combine deux actions complémentaires : il refroidit le feu tout en formant une couche isolante qui empêche les vapeurs inflammables de se propager. Ce double effet en fait une solution particulièrement adaptée aux feux de liquides inflammables, comme les hydrocarbures ou certains solvants.
Dans des environnements à risque chimique ou industriel, il constitue souvent un équipement indispensable pour limiter la propagation des flammes.
Les extincteurs à mousse se reconnaissent à leur poignée de forme spécifique ainsi qu’à la présence d’une étiquette bleue.
L’extincteur à poudre : polyvalent mais à manier avec précaution
L’extincteur à poudre est souvent choisi pour sa polyvalence, puisqu’il peut intervenir sur plusieurs classes de feu, notamment A, B et C. Il agit en interrompant la réaction chimique de la combustion, ce qui permet une extinction rapide, même sur des feux complexes.
En revanche, son utilisation génère un nuage de poudre qui réduit fortement la visibilité et peut endommager les équipements sensibles, ce qui nécessite une utilisation maîtrisée.
Une étiquette jaune permet de reconnaître immédiatement les extincteurs à poudre.
L’extincteur CO2 : indispensable pour les équipements électriques
L’extincteur au dioxyde de carbone (CO2) agit en étouffant le feu, sans laisser de résidu, ce qui en fait une solution idéale pour les environnements techniques. Il est particulièrement recommandé pour les feux d’origine électrique, notamment sur les tableaux, serveurs ou machines. Son efficacité repose sur une utilisation rapide et ciblée, car son action est immédiate mais de courte durée.
Les extincteurs au dioxyde de carbone (CO2) sont reconnaissables à leur étiquette grise et à la présence d’une goupille.
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Quelles sont les classes de feu et comment les reconnaître ?
Pour choisir le bon extincteur, il faut d’abord savoir identifier le type de feu auquel vous êtes confronté.
Les 6 classes de feu expliquées simplement
La classification des incendies dépend du combustible impliqué :
- Classe A : Matériaux solides (bois, papier)
- Classe B : Liquides inflammables
- Classe C : Gaz
- Classe D : Métaux
- Classe F : Huiles et graisses de cuisson.
- Classe L : Feux de batteries lithium-ion
Cette catégorisation est essentielle pour adapter l’intervention et garantir son efficacité.
Les pictogrammes extincteur : des repères visuels essentiels
Chaque extincteur est équipé de pictogrammes avec des codes couleur qui indiquent clairement les classes de feu pour lesquelles il est adapté. Ces repères visuels sont conçus pour être compris rapidement, même en situation de stress, afin de guider l’utilisateur dans son choix.
Développer ce réflexe de lecture permet de gagner un temps précieux lors d’une intervention.
Quel extincteur choisir selon le type de feu ?
Le choix d’un extincteur repose sur l’identification précise de la classe de feu et sur la capacité de l’équipement à agir efficacement.
Par exemple, dans un bureau, un départ de feu sur un ordinateur nécessite un extincteur CO2, alors qu’un feu de papier pourra être traité avec de l’eau. En cuisine, les feux de graisses exigent un extincteur spécifique de classe F, conçu pour éviter toute projection. Ces situations illustrent l’importance d’adapter l’équipement à l’environnement et au risque réel.
Tableau de correspondance type d’extincteur vs classe de feu
| Classe de feu | Type de matériau | Extincteur à eau | Extincteur à mousse | Extincteur à poudre | Extincteur CO2 |
| A | Bois, papier, carton, textile | ✅ | ✅ | ✅ | ❌ |
| B | Essence, solvants, peinture, hydrocarbures | ❌ | ✅ | ✅ | ✅ |
| C | Gaz (butane, propane, méthane) | ❌ | ❌ | ✅ | ❌ |
| D | Métaux (magnésium, aluminium, sodium) | ❌ | ❌ | ✅(2) | ❌ |
| F | Huiles de cuisson, graisses (friteuse) | ❌ | ✅(2) | ❌ | ❌ |
| E(1) | Tableau électrique, serveur, machine sous tension | ❌ | ❌ | ✅ | ✅ |
| L | Batteries lithium-ion (ordinateurs, smartphones, EV) | ❌ | ❌ | ❌ | ❌ |
(2)extincteur spécifique uniquement
Focus sur les feux de batteries lithium-ion : un risque émergent en entreprise
Les feux de batteries lithium-ion présentent des caractéristiques particulières : ils génèrent une réaction chimique interne appelée emballement thermique, difficile à maîtriser. Ce phénomène provoque une montée rapide en température, accompagnée de dégagements de gaz inflammables et parfois d’explosions. Même après une extinction apparente, le feu peut reprendre spontanément, ce qui rend l’intervention particulièrement délicate.
Les extincteurs classiques (eau, mousse, poudre, CO2) ne sont pas adaptés à ce type d’incendie. Leur utilisation peut limiter temporairement les flammes visibles, mais ne stoppe pas la réaction interne de la batterie.
Il est nécessaire d’utiliser :
- des extincteurs spécifiques lithium
- des couvertures anti-feu
- des solutions d’immersion ou de confinement
Les entreprises sont aujourd’hui de plus en plus concernées, notamment dans les bureaux (ordinateurs, smartphones), les entrepôts (batteries de stockage), ou encore les sites logistiques et industriels.
Le développement des mobilités électriques (vélo électrique, trottinette) renforce encore cette exposition, avec des zones de recharge qui deviennent des points sensibles à surveiller.
Quels extincteurs prévoir selon votre activité ?
Chaque activité professionnelle présente des risques spécifiques qui doivent être anticipés.
Bureaux et ERP : une base indispensable
Dans les environnements tertiaires, les risques sont généralement liés aux matériaux solides et aux équipements électriques. Il est donc recommandé d’installer des extincteurs à eau en complément d’extincteurs CO2, afin de couvrir les principaux scénarios de départ de feu. Cette combinaison permet d’assurer une protection cohérente et efficace.
Industrie et entrepôts : des risques variés
Les environnements industriels exposent à des risques plus complexes, notamment en présence de produits chimiques, de gaz ou de machines. Dans ce contexte, les extincteurs à poudre sont souvent privilégiés pour leur polyvalence, en complément d’autres solutions adaptées. L’analyse des risques reste essentielle pour ajuster les équipements.
Restauration : une vigilance particulière
Dans les cuisines professionnelles, les feux de graisse représentent un risque majeur, nécessitant des extincteurs spécifiques de classe F. Ces équipements sont conçus pour éviter les projections et maîtriser rapidement le feu.
Une mauvaise intervention dans ce contexte peut entraîner une aggravation immédiate de la situation.
Extincteurs recommandés par secteur d’activité
| Secteur d’activité | Exemples de matériaux inflammables | Classes de feu | Extincteurs recommandés |
| Bureaux / tertiaire | Papier, cartons, mobilier, ordinateurs, câbles électriques | A, ⚡ électrique | Eau ✅ • CO2 ✅ |
| Industrie / production | Huiles, solvants, gaz, machines, métaux | A, B, C, D | Poudre ✅ • CO2 ✅ • (spécifique D si besoin) |
| Entrepôt / logistique | Palettes bois, cartons, stocks, batteries lithium | A, B, L | Eau ✅ • Poudre ✅ • CO2 ✅ • (extincteur lithium spécifique) |
| Restauration / cuisine | Huiles, graisses, équipements de cuisson | F, A | Extincteur classe F ✅ • CO2 ✅ |
| Commerce / ERP | Textile, plastique, emballages, équipements électriques | A, B, ⚡ électrique | Eau ✅ • Mousse ✅ • CO2 ✅ |
| Chantier / BTP | Bois, carburants, gaz, peintures | A, B, C | Poudre ✅ • Eau ✅ |
| Laboratoire / chimie | Produits chimiques, solvants, gaz | B, C, D | CO2 ✅ • Poudre ✅ • (spécifique D si besoin) |
| Data center / IT | Serveurs, câbles, batteries, onduleurs | ⚡ électrique, L | CO2 ✅ • (extincteur lithium spécifique) |
| Transport / logistique mobilité | Carburants, batteries lithium, huiles | B, C, L | Poudre ✅ • CO2 ✅ • (solution lithium adaptée) |
| Agricole / exploitation | Paille, carburants, machines, phytosanitaires | A, B | Eau ✅ • Poudre ✅ |
Comment utiliser un extincteur efficacement ?
Savoir utiliser un extincteur ne s’improvise pas, surtout en situation de stress.
Les étapes clés pour maîtriser la manipulation d’un extincteur
L’utilisation d’un extincteur repose sur une séquence simple mais précise :
- Retirer la goupille de sécurité : La goupille empêche tout déclenchement accidentel de l’appareil. Une fois la goupille retirée, l’extincteur est prêt à être actionné.
- Vérifier la pression : Sur certains modèles d’extincteurs, un manomètre indique l’état de pression. Assurez-vous que l’aiguille se trouve dans la zone verte, synonyme de bon fonctionnement.
- Viser la base des flammes : Il ne faut pas viser le sommet des flammes ou la fumée, mais bien la source du feu, c’est-à-dire le combustible en train de brûler. C’est l’endroit où l’agent extincteur sera le plus efficace pour couper la réaction chimique du feu (le triangle du feu).
- Appuyer sur la poignée (ou la valve) : Cette action libère l’agent extincteur sous pression (eau, mousse, poudre ou gaz). Maintenez une pression ferme et constante.
- Balayer la zone du feu : Une fois l’agent extincteur projeté, effectuez un mouvement de balayage horizontal, de gauche à droite, en allant de l’avant vers l’arrière du foyer. Ce balayage assure une couverture optimale de la zone en feu.
Dans les premières minutes, un feu est généralement circonscrit et plus facile à éteindre. La rapidité de l’intervention est donc primordiale. Par ailleurs, la précision du jet, ciblant spécifiquement la base des flammes, est ce qui permet d’optimiser l’action de l’agent extincteur et d’éviter un gaspillage inutile qui pourrait compromettre l’extinction totale.
Les réflexes à adopter
Avant, pendant et après l’intervention, certains réflexes sont impératifs pour garantir la sécurité de l’intervenant et l’efficacité de l’opération :
- Conserver une distance de sécurité : Maintenez toujours une distance de sécurité appropriée, généralement de 2 à 3 mètres, pour éviter les risques liés à la chaleur, aux projections ou à l’inhalation de fumées toxiques.
- Ne jamais tourner le dos au feu : Même après avoir éteint les flammes apparentes, le risque de reprise de feu est réel. Gardez toujours un œil sur le foyer jusqu’à ce que la zone soit entièrement sécurisée et refroidie.
- S’assurer que l’environnement est sécurisé : Avant toute intervention, évaluez les risques (présence de matériaux explosifs, risque d’effondrement, coupure électrique nécessaire). Assurez-vous d’avoir une voie de sortie dégagée et de ne jamais vous engager dans un espace enfumé ou dont la chaleur est insoutenable. En cas de doute ou d’incendie trop important, l’évacuation prime sur l’intervention.
- Alerter systématiquement : Même si l’incendie semble maîtrisé, il est fondamental d’alerter les services de secours (pompiers, via le 18 ou le 112) et/ou l’équipe de sécurité interne (EPI, SSIAP) pour qu’une vérification complète soit effectuée.
Ces réflexes permettent de limiter les risques pour l’intervenant tout en garantissant une action efficace. Ils transforment la personne formée en un premier intervenant capable de gérer le stress et d’agir de manière méthodique.
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Quelles erreurs éviter lors de l’utilisation d’un extincteur ?
Même avec un équipement adapté, certaines erreurs peuvent compromettre l’intervention et aggraver rapidement la situation. Ces erreurs sont souvent liées au manque de connaissance, à la précipitation ou à l’absence de formation.
Se tromper d’extincteur
L’erreur la plus fréquente consiste à utiliser un extincteur inadapté au type de feu, souvent par réflexe ou méconnaissance des classes de feu. Pourtant, chaque agent extincteur répond à une logique précise, et une mauvaise utilisation peut entraîner une propagation des flammes ou un risque supplémentaire pour l’intervenant.
Par exemple, utiliser un extincteur à eau sur un feu d’origine électrique peut provoquer un court-circuit ou exposer la personne à un danger électrique, alors qu’un extincteur CO2 aurait permis une intervention sécurisée et sans résidu.
Intervenir trop tard ou sans méthode
Beaucoup d’entreprises disposent d’extincteurs conformes, mais peu de collaborateurs savent réellement les utiliser en situation réelle. Face au stress, les gestes deviennent hésitants, les décisions moins claires et les erreurs plus fréquentes.
Exemple concret : dans un open space, un début d’incendie se déclare sur une multiprise surchargée. Un salarié tente d’intervenir avec un extincteur à poudre, mais sans retirer correctement la goupille ni viser la base des flammes. Résultat : l’extinction échoue, la poudre se disperse, la visibilité est réduite et l’évacuation devient plus difficile.
Avec une formation préalable, l’intervenant aurait su identifier un feu électrique, choisir un extincteur CO2 et appliquer les bons gestes rapidement, limitant ainsi les dégâts.
Quelles sont les obligations réglementaires ?
La réglementation encadre strictement la mise en place des extincteurs en entreprise.
Implantation et accessibilité
Les extincteurs doivent être installés de manière visible, accessible et répartis en fonction des risques, avec une recommandation d’un appareil pour 200 m². Leur emplacement doit permettre une intervention rapide sans obstacle. La signalisation joue également un rôle clé.
Formation du personnel
L’employeur a l’obligation de former ses salariés à la sécurité incendie, notamment à l’utilisation des extincteurs. Cette formation permet de garantir une intervention rapide et sécurisée. L’INRS rappelle que “le personnel doit être formé à la mise en œuvre des moyens de première intervention” (source : INRS Brochure ED 6054).
Maintenance et vérification
Chaque extincteur doit faire l’objet d’une vérification annuelle afin de garantir son bon fonctionnement. Cette maintenance est obligatoire pour assurer la fiabilité de l’équipement en cas d’urgence. Un extincteur non entretenu peut s’avérer inutile au moment critique.
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Pourquoi former vos équipes ?
Au-delà de l’équipement, la formation reste le facteur déterminant.
Réagir rapidement face à un départ de feu
Une équipe formée est capable d’identifier immédiatement le risque et d’agir sans hésitation. Cette réactivité permet souvent d’éviter une propagation du feu. Chaque seconde gagnée peut en limiter les conséquences.
Réduire les impacts humains et matériels
Une intervention maîtrisée réduit significativement les dommages, tant sur le plan humain que matériel. Elle permet également de sécuriser l’environnement et de protéger les collaborateurs. La prévention passe par la compétence.
Installer une culture de la prévention des risques
Former ses équipes, c’est ancrer durablement les bons réflexes et développer une culture de la sécurité au sein de l’entreprise. Cela renforce la vigilance collective et la responsabilité individuelle.
Choisir le bon type d’extincteur, c’est avant tout comprendre le feu auquel vous faites face. Mais au-delà de l’équipement, c’est votre capacité à réagir qui fait la différence. En formant vos équipes, vous ne vous contentez pas de respecter une obligation. Vous créez une culture de la prévention.
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